Ecobalyse et repassage : ce que le coût environnemental d’un vêtement compte vraiment

Oui, Ecobalyse intègre le repassage dans le coût environnemental d’un vêtement, mais pas le vôtre. La méthode officielle attribue à chaque catégorie une quantité d’électricité fixe par cycle d’entretien : 0,05 kWh pour une chemise, 0,07 kWh pour un jean, rien pour un pull. Fer vapeur, centrale ou aucun repassage chez vous, le score affiché ne bouge pas. Ce forfait n’a pourtant rien d’anecdotique : sur un t-shirt léger, il pèse lourd dans l’électricité d’entretien modélisée. D’où viennent ces chiffres, comment ils entrent dans le calcul et ce qu’ils ne permettent pas de conclure : tout est détaillé ci-dessous.

Ce qu’il faut retenir :

  • Le repassage figure noir sur blanc dans la phase d’utilisation, sous la forme d’une consommation électrique forfaitaire par vêtement et par cycle d’entretien, fixée selon la catégorie.
  • Chemises, jeans, pantalons, jupes, robes et t-shirts reçoivent une part de repassage ; pulls, sous-vêtements, chaussettes et maillots de bain n’en ont aucune.
  • Ni le type d’appareil, ni l’étiquette d’entretien, ni vos habitudes ne font partie des paramètres du calcul.
  • Dans une même catégorie, le repassage pèse exactement le même poids pour toutes les références : il ne départage jamais deux chemises entre elles.

Le repassage est bien compté, sous forme de forfait électrique

Le coût environnemental des vêtements, exprimé en points d’impact, repose sur une analyse de cycle de vie qui suit le produit des matières premières jusqu’à la fin de vie. L’entretien chez le consommateur en fait partie. La notice méthodologique réglementaire (V1.0 du 1er octobre 2025) découpe cette étape d’utilisation en cinq postes : l’électricité du lavage, la lessive, le traitement des eaux usées, l’électricité du séchage et l’électricité du repassage.

Le repassage n’est donc pas une mention marketing ajoutée après coup. Il dispose même de son propre paramètre dans la formule. Mais ce paramètre décrit un scénario moyen fixé à l’avance pour chaque type de vêtement, pas une mesure de ce qui se passe réellement dans votre buanderie. Le ministère de la Transition écologique présente d’ailleurs le dispositif comme un outil de comparaison entre produits, calculé selon des règles communes.

Comment l’électricité du repassage entre dans le calcul

La notice sépare l’impact de l’utilisation en deux blocs. D’un côté, tout ce qui ne relève pas de l’électricité (lessive, eaux usées). De l’autre, l’électricité totale consommée pour l’entretien, elle-même scindée en une part hors repassage et une part repassage.

La différence entre ces deux parts électriques tient en un détail que peu d’explications mentionnent :

  • l’électricité du lavage et du séchage est calculée au kilo : nombre de cycles × masse du vêtement × consommation par kilo ;
  • l’électricité du repassage est calculée à la pièce : nombre de cycles × consommation forfaitaire par vêtement, sans tenir compte de sa masse.

Conséquence directe : plus un vêtement est léger, plus le repassage prend de place dans son électricité d’entretien, puisque le lavage diminue avec la masse alors que le forfait de repassage reste identique.

Ces kilowattheures sont ensuite convertis en impact avec un mix électrique précis : la notice retient l’électricité française en basse tension pour toute l’étape d’utilisation, alors que les étapes industrielles utilisent de la moyenne tension du pays concerné. Un kWh de repassage est donc toujours évalué comme un kWh consommé en France, quel que soit le pays de fabrication du vêtement.

Les valeurs officielles de repassage, catégorie par catégorie

Deux tableaux de la notice suffisent pour reconstituer le repassage modélisé : le tableau 27, qui fixe le nombre de cycles d’entretien par défaut, et le tableau 28, qui donne l’électricité de repassage par vêtement et par cycle. En les multipliant, on obtient l’électricité de repassage attribuée à un vêtement sur sa durée d’usage de référence.

CatégorieCycles d’entretien par défautRepassage par cycleRepassage sur la durée de référence
Jean230,07 kWh1,61 kWh
Pantalon / short230,07 kWh1,61 kWh
T-shirt / polo450,03 kWh1,35 kWh
Chemise200,05 kWh1,00 kWh
Jupe / robe230,02 kWh0,46 kWh
Manteau / veste50,005 kWh0,025 kWh
Pull1700
Boxer / slip6000
Caleçon6000
Chaussettes2500
Maillot de bain3000
Valeurs issues des tableaux 27 et 28 de la notice méthodologique V1.0. La dernière colonne est un calcul pour un coefficient de durabilité de 1.

Trois enseignements ressortent de ce tableau. D’abord, la chemise n’est pas le vêtement le plus « repassé » du modèle : avec seulement 20 cycles, elle cumule moins d’électricité qu’un jean ou un pantalon. Ensuite, le t-shirt arrive juste derrière, uniquement parce qu’il est lavé très souvent : un petit forfait multiplié par 45 cycles finit par peser. Enfin, toute une famille de vêtements est considérée comme jamais repassée, y compris les gilets et sweatshirts, rangés dans la catégorie pull.

Un point mérite d’être clair : un cycle d’entretien ne veut pas dire un passage de fer. La valeur par cycle se lit plutôt comme une moyenne. Les 0,03 kWh d’un t-shirt correspondent à une consommation très modeste, compatible avec un scénario où ce type de vêtement n’est repassé qu’une fois sur plusieurs lavages. La notice ne détaille toutefois ni la puissance d’appareil, ni la durée de repassage, ni la proportion de vêtements repassés qui ont servi à établir ces forfaits. Elle publie le résultat, pas les hypothèses intermédiaires.

Deux piles de vêtements pliés : chemise, jean et t-shirt d’un côté, pull, sweatshirt et chaussettes de l’autre
Dans la méthode officielle, la pile de droite ne reçoit aucune électricité de repassage, quelle que soit la façon dont vous l’entretenez.

La durabilité ne change rien à la part du repassage affichée

On lit parfois qu’un vêtement plus durable serait pénalisé, parce qu’il subit davantage de lavages et donc davantage de repassages. En valeur brute, c’est exact : le nombre de cycles retenu est égal au nombre par défaut multiplié par le coefficient de durabilité, compris entre 0,67 et 1,45. Un t-shirt au coefficient 1,35 passe ainsi d’environ 45 à 61 cycles, et son repassage modélisé grimpe de 1,35 à environ 1,82 kWh.

Sauf que la notice divise ensuite la somme de tous les impacts par ce même coefficient pour obtenir le coût environnemental. Les deux opérations s’annulent pour l’étape d’utilisation : le t-shirt durable entretient plus longtemps, mais son impact est réparti sur une durée d’usage plus longue. Au bout du calcul, la contribution du repassage au score affiché correspond toujours aux cycles par défaut de la catégorie. C’est la fabrication, elle aussi divisée par le coefficient, qui profite de la durabilité.

Mis bout à bout, ces éléments mènent à une conclusion que la méthode ne formule pas explicitement : puisque le forfait ne dépend ni de la masse, ni de la matière, ni de la durabilité, le repassage ajoute le même nombre de points à toutes les chemises, et le même à tous les jeans. Il fait varier le niveau d’une catégorie, jamais le classement des vêtements à l’intérieur de cette catégorie.

Le repassage pèse-t-il lourd ? Un ordre de grandeur sur l’électricité d’entretien

La notice ne publie pas la part du repassage dans le score final, et aucun pourcentage fiable ne peut être annoncé sans refaire le calcul complet en points d’impact. En revanche, l’annexe 5 fournit l’électricité hors repassage utilisée pour le lavage et le séchage : environ 0,285 kWh par kilo et par cycle pour les t-shirts, pantalons, jeans et pulls, et environ 0,225 kWh par kilo pour le procédé associé aux chemisiers, jupes et robes. De quoi comparer, en kilowattheures, le repassage au reste de l’électricité d’entretien.

Exemple (masse supposée)Lavage et séchage sur la durée de référenceRepassage sur la durée de référencePart du repassage dans l’électricité d’entretien
T-shirt de 150 g≈ 1,9 kWh1,35 kWh≈ 41 %
Chemise de 200 g≈ 0,9 kWh1,00 kWh≈ 53 %
Pantalon de 400 g≈ 2,6 kWh1,61 kWh≈ 38 %
Calcul illustratif à partir des tableaux 27, 28 et de l’annexe 5 de la notice. Les masses sont des hypothèses, pas des valeurs officielles.

Sur ce seul périmètre électrique, le repassage n’a donc rien d’un détail : il représente souvent plus d’un tiers des kilowattheures d’entretien modélisés, et dépasse même le lavage-séchage pour une chemise légère. Il faut cependant garder les proportions en tête. Ce calcul laisse de côté la lessive et le traitement des eaux usées, qui font aussi partie de l’utilisation. Et l’utilisation entière n’est qu’une étape parmi d’autres, à côté des matières, du tissage, de la teinture, de la confection, du transport et de la fin de vie. Je retiendrais donc une formule prudente : le repassage pèse dans l’électricité d’entretien, mais rien ne permet d’affirmer qu’il pèse lourd dans le score total.

Ce que le score ne mesure pas, et les lectures à éviter

La liste des paramètres que l’on peut renseigner pour calculer un coût environnemental est publiée dans le tableau 39 de la notice : catégorie, masse, matières, pays de fabrication, impression, délavage, transport aérien, accessoires, éléments de durabilité. Rien n’y concerne l’entretien réel. Plusieurs idées reçues tombent d’elles-mêmes :

  • « Une centrale vapeur améliore le score. » Aucun paramètre ne distingue fer classique, centrale vapeur, défroisseur ou absence de repassage. Le forfait est identique pour tout le monde.
  • « Si je ne repasse pas, le score de mon vêtement baisse. » Le score est attaché à la référence du produit, pas à son propriétaire. Votre geste réduit votre consommation réelle, pas le chiffre affiché.
  • « La mention “ne pas repasser” sur l’étiquette efface le repassage. » L’étiquette d’entretien ne figure pas parmi les paramètres. Une chemise non-repassable reste une chemise pour le calcul, avec ses 0,05 kWh par cycle.
  • « L’eau du réservoir et la fabrication du fer sont incluses. » Le poste de repassage est décrit uniquement comme de l’électricité. La documentation consultée ne mentionne ni l’eau utilisée par l’appareil, ni la production de celui-ci.
  • « Le score mesure l’empreinte carbone du repassage. » Le coût environnemental agrège seize catégories d’impact pondérées, du climat à l’usage des ressources en eau, en passant par les radiations ionisantes. Ce n’est pas un score carbone.

Pour qui cherche à savoir quel appareil consomme le moins, ce dispositif n’apporte donc aucune réponse. Il faut se tourner vers des puissances constructeur et, idéalement, des mesures de consommation réelles, ce qui relève d’une autre comparaison.

Fer vapeur et centrale vapeur posés côte à côte sur une table, une chemise pliée entre les deux
Pour la méthode officielle, ces deux appareils comptent exactement pareil : un forfait d’électricité par cycle, quel que soit l’équipement.

Pourquoi la question compte davantage depuis le 1er octobre 2026

L’affichage du coût environnemental reste volontaire. Le décret n° 2025-957 du 6 septembre 2025 prévoyait toutefois deux protections transitoires pour les marques, valables jusqu’au 1er octobre 2026. Depuis cette date, un tiers, distributeur, association ou application, peut calculer et publier le coût environnemental d’un vêtement sans attendre que la marque le fasse. Et toute personne qui communique un autre score environnemental sur un textile doit désormais aussi afficher le coût environnemental officiel, sans contradiction entre les deux.

Ces chiffres vont donc circuler plus largement, sur des fiches produit et dans des comparateurs. Savoir que le repassage y figure sous forme de forfait évite d’y lire ce qui n’y est pas : un jugement sur vos pratiques ou sur votre équipement.

Questions fréquentes

Le repassage réalisé en usine est-il compté ?

Oui, mais ailleurs. La notice précise que l’étape de confection comprend généralement la découpe, l’assemblage, ainsi que le repassage et le pliage du produit fini. Cette énergie est intégrée à l’électricité de confection, évaluée avec le mix du pays de fabrication, et n’a rien à voir avec le forfait de repassage domestique.

Ces valeurs de repassage peuvent-elles changer ?

La notice indique qu’elle est appelée à évoluer avec les travaux de modélisation, tout en visant une certaine stabilité. Les chiffres présentés ici correspondent à la version V1.0 du 1er octobre 2025. Le décret impose d’ailleurs d’indiquer la version de méthodologie utilisée lors de la communication d’un coût environnemental.

Pourquoi un sweatshirt n’a-t-il aucun repassage alors qu’un polo en a un ?

Parce que le calcul raisonne par catégorie, pas par vêtement. Le sweatshirt est rangé avec les pulls, à repassage nul ; le polo est classé avec les t-shirts, à 0,03 kWh par cycle. Il s’agit d’un choix de modélisation fondé sur l’usage moyen de chaque catégorie, pas d’une évaluation pièce par pièce.

Verdict : un repassage réel dans le calcul, mais pas celui de votre buanderie

Ecobalyse prend bien le repassage au sérieux : il dispose de son propre poste dans la formule officielle, et sur les vêtements légers il représente une part importante de l’électricité d’entretien modélisée. Mais il s’agit d’un scénario de référence, identique pour toutes les pièces d’une même catégorie et indifférent à la durabilité, à l’étiquette comme à l’appareil.

La bonne façon de lire le score est donc la suivante : il sert à comparer deux vêtements selon une méthode commune, pas à mesurer l’effet de votre propre repassage. Pour comparer deux chemises, c’est du côté des matières, des pays de fabrication et de la durabilité que les écarts se jouent. Pour réduire l’impact réel de votre entretien, vos choix d’appareil et de fréquence comptent bel et bien, simplement le coût environnemental n’est pas l’outil conçu pour les mesurer. Vous pouvez consulter les scores publiés sur le portail officiel de l’affichage environnemental.

Auteur

Julien rédige les guides de Guide Centrale Vapeur autour des centrales vapeur, fers à repasser et accessoires de repassage. Ses contenus s’appuient sur l’analyse des fiches techniques, des notices fabricants, des guides de référence, des retours utilisateurs et des critères d’usage concrets : volume de linge, pression vapeur, débit, entretien, encombrement et budget. L’objectif est d’aider chaque lecteur à choisir un appareil adapté à ses besoins réels, sans promesse exagérée ni faux test terrain.

julien
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